Je vends mes Science & Vie

Si vous aimez les sciences et que vous planifiez de rester au lit pendant quelques semaines : j’ai un peu de lecture pour vous.

26 magazines, tous en bon état.

J’ai besoin de faire de la place chez moi, je serais ravi de savoir ces lectures encore utiles à certains, avec quelques économies.

Si vous en voulez un ou quelques uns en particulier : 2€ chacun + fdp.

Si vous les voulez tous, 30€ et je prends en charge les frais de port.

Et je peux les donner en main propre dans la région de Bordeaux. 🙂

Je vends des bouquins aéro

Les beaux temps vont bientôt se faire discret, j’ai profité de mon dimanche pour tout dépoussiérer.

Je décide de me séparer de certains livres aéro, la peine au coeur. Ces livres m’ont été chers mais aujourd’hui j’ai un peu de rancoeur à les garder. Le ciel m’a fermé ses portes et je dois tourner la page.

Je les vends 10€ chacun, + frais de port.

Si vous souhaitez les 11 livres : 100€ et je prends en charge les frais de port.

Je souhaite surtout vendre ces livres à des passionnés qui ne diraient pas non à quelques économies. Tous ces livres sont en bon état.

Si vous êtes autour de Bordeaux on peut se rencontrer. 🙂

Inapte au vol depuis un an

Depuis un peu plus d’un an je suis inapte au vol commercial et au vol de loisirs : classe médicale 1 et 2. Délaissé de mon rêve, je n’ai jamais trouvé de lecture pour me bercer, pour me faire oublier la douleur de mes ailes arrachées.

Embarrassé dans les communautés de pilotes sur Internet, étouffé sans l’idée d’en être, il m’a fallut méditer pour avancer.  Je me suis hasardé, jusqu’à l’usure, à trouver les mots pour expliquer la sensation de perdre ses ailes. Je n’ai rien découvert, mais je sais que j’en serais obsédé si j’essayais de me porter vers d’autres idées.

Je résume : j’ai volé 4 ans pour préparer un PPL (Private Pilot Licence). Plus jeune je suis sorti de l’ASE (Aide Sociale à l’Enfance), de la rue et d’autres mésaventures. L’argent m’a manqué pour voler, mais seulement l’argent, tout mon corps et mon cœur frappaient en cœur les portes difficiles à ouvrir. Après 50 heures de vol, j’ai tenté d’obtenir une classe 1. Je ne l’ai pas eu, mais cette tentative a souligné que l’obtention de ma classe 2 était illégitime. Ce n’est pas comme si j’étais devenu inapte beaucoup plus tard. Ce que je ressens, bien sûr, ne concerne que moi.

Lisez mes lignes avec banalité. Mon humilité me semble indemne : aucune leçon n’est donnée, aucune plainte grandiloquente n’est sonnée. J’écris un laisser-passer à mes émotions, puissent-elles avoir un sens pour quelques uns.

Être inapte au vol

C’est accélérer en voiture et se limiter à une vitesse quand le cœur nous dit de tirer toute la férocité du moteur pour tirer sur le manche et viser les étoiles.

C’est tomber à vélo sous la pluie, glisser et oublier la douleur avec le regard droit sur les dangers, l’esprit clair, et décider même quand rien ne vous est demandé. C’est l’idée que ce sang-froid ne servira pas dans un cockpit.

C’est regarder les nuages, se rappeler son paysage et sa science, puis se remémorer que comme à 10 ans tout ça appartient à l’intouchable.

C’est fuir les simulations mentales de pannes et atterrissages, celles qui viennent en tête à chaque inattention, à chaque instant libre.

C’est apprécier la question autant que redouter la réponse lorsqu’on vous demande ce que vous faites dans la vie. C’est regretter mais refuser ignorer le passé, c’est dire que voler a beaucoup compté mais que les choses ont passé.

C’est se créer une nouvelle carrière, c’est apprendre de nouvelles choses. C’est se rendre compte que l’entrain n’est pas le même, que l’apprentissage se dompte et se motive quand il n’est pas nourri d’une passion brûlante.

C’est rencontrer de vieux amis qui vous demandent comment va votre parcours de pilote, soulignant affectueusement combien cela les inspire de vous voir monter si haut depuis si bas.

La vie après l’inaptitude

Après un an, les choses s’arrangent. J’y pense moins. J’y pense souvent, mais moins qu’avant.

J’écris sans que les bons mots ne viennent, je définis mal ce qui me pousse à partager mon ressenti. Ce n’est pas de la nostalgie, ni-même le réconfort de ne pas avoir à assumer un choix ou un échec. Je ne sais pas encore comment prendre la nouvelle que plus jamais le vol fera partie de mon quotidien, que plus jamais je ne pourrais participer à sa fiabilité. J’ai bien pensé à jouer aux simulateurs très poussés, mais serrer le joystick pour guider l’avion revient à empoigner le souvenir d’avoir échoué par l’interdiction d’essayer.

Sans baccalauréat, travailler pour l’aérien est envisageable à condition d’accepter certaines contraintes. J’avais déjà accepté de préparer pendant 8 ans encore un ATPL (Airline Transport Pilot Licence) avec les sacrifices associés et surtout le risque de tout perdre. Mais avec aujourd’hui 28 ans, me présenter à 30 ans à l’ENAC après des années de formations généralistes et scientifiques autant intenses que condensées pour, parmi les centaines de jeunes bacheliers, tenter d’accéder à une formation guidant probablement à un poste à la DGAC… La balance n’est plus la même, lorsqu’elle compare le coût et le gain.

Sur le flanc de mon lit quelques lectures m’accompagnaient

Comment je tente de vivre mon inaptitude

Piloter ou rêver, c’est du pareil au même dorénavant.

Un bon ou un mauvais passé, qu’importe, un bon futur se construit. Il ne faut pas accepter que les bons évènements ou s’effrayer des mauvaises décisions. Les malheurs et les échecs nous mènent parfois vers de très belles choses. Il faut apprendre à se poser les bonnes questions. Les bonnes réponses n’aident pas, si les bonnes questions ne sont pas posées.

Ici, je n’ai pas décidé d’avoir de mauvais yeux. Mais j’imagine que je passerai un cap lorsque j’aurais trouvé les bonnes questions. Quelle est ma place dans l’aérien ? Ai-je une place ? Comment participer à la sécurité aérienne ? Pourquoi tant m’accrocher à ce que je ne peux pas atteindre ? Comment lier programmation informatique et aérien ? Quel est ce plaisir que j’éprouve à voler ? Est-il niché ailleurs ?

En tous cas je ne suis pas triste. J’ai réussi à construire et stabiliser un cadre de vie longtemps inespéré. Ma carrière dans le développement informatique commence bien, je suis bien entouré. La famille que je construis est ma plus belle chance, et ma plus belle réussite.

Mais je n’arrive pas à décrocher mon cœur des nuages. La première question à me poser peut-être c’est « le faut-il vraiment ? ».

Conclusion

Il n’y a pas de conclusion. J’essaie d’avancer avec sagesse. Je tente d’accomplir de bonnes choses pour moi ou pour d’autres.

Ne pas voler, c’est une blessure. Mais ce n’est que ça. J’écris ce que personne ne lira. Mais si un ou deux élèves-pilotes lisait cet article après avoir été jugé inapte. Si ma mésaventure sait les guider ou les raisonner ne serait-ce qu’un peu. Et bien ce serait ça de pris.

Je ressors cette citation à toutes les sauces, mais voilà un garçon qui savait écrire :

« L’avenir n’est jamais que du présent à mettre en ordre. Tu n’as pas à le prévoir, mais à le permettre. »
Antoine de Saint-Exupery

Aide Sociale à l’Enfance : le passage à la majorité

Récemment Le Monde a rédigé un article concernant les adolescents délestés par l’Aide Sociale à l’Enfance, l’ASE, à l’heure de leurs 18 ans. J’ai envie de partager mon expérience. Cet article va décrire une période intime et difficile de ma vie, une période que ma façon de vivre et l’entreprise de l’ASE ont conduit. Je n’ai pas l’habitude de ressasser le passé mais je crois qu’offrir quelques minutes d’immersion peut aider certains à se construire une idée fondée.

Aujourd’hui j’ai 26 ans, je vis avec ma chérie dans la région d’Arcachon. J’ai commencé un parcours de pilote de ligne mais après 4 ans de vol mes yeux m’ont rendu inapte. Je réalise en ce moment une formation de développeur.

  1. Mon regard sur l’ASE
  2. Être placé, et aller vers ses 18 ans
  3. Mon placement à l’ASE, son contexte
  4. Foyer d’urgence
  5. Foyer
  6. Plusieurs foyers
  7. Lieu de vie
  8. La préparation de mes 18 ans
  9. Je suis majeur
  10. Ce que l’ASE pouvait améliorer, pour ma situation
  11. L’ASE, à refaire ?
  12. Conclusion

1. Mon regard sur l’ASE

De façon générale je ne ressens aucun handicap a avoir vécu en foyers. A ma majorité, un accompagnement programmé et continu aurait put m’être utile. Plus encore aux jeunes plus instables que moi : drogue, alcool, deal, famille présente et oppressante.

Peut être manque-t-il un lien entre ASE et Mission Locale. Peut être que les études supérieures ne sont pas à éviter, quand elles proposent en plus un système de bourse et de logement étudiant.

Aujourd’hui l’ASE sauve beaucoup de pots cassés. Il n’y a pas de soleil radieux, mais c’est grâce à l’ASE que pour beaucoup de jeunes il n’y a plus de tempête.

2. Être placé, et aller vers ses 18 ans

Le point fatidique des 18 ans est dans la tête de tous les jeunes placés, les juges et les éducateurs s’en assurent.

Tous ces jeunes le savent : à 18 ans, ils seront seuls. Plus tôt ils sont placés, plus tôt ils s’y préparent. Je ne crois pas que ce soit vécu par tous comme un malheur. Un peu comme quand on prend l’avion, on sait qu’on devra atterrir. On espère n’avoir aucune avarie moteur, on surveille toutes les aiguilles et toutes les lumières du cockpit. Au décollage ou en croisière, tous les pilotes savent qu’ils n’atterriront peut être pas là où ils voulaient. Il n’y a ainsi pas de malheur à être pilote ou à être un jeune placé, mais il y a une vigilance droite et claire inévitable. Cependant, à la différence du pilote, le jeune placé n’aura pas eu des années de travail et de préparation.

Ce jeune placé est vivement conseillé de préférer un parcours scolaire professionnalisant comme un apprentissage, parce qu’au moment de fêter ses 18 ans des économies seront faites, un travail sera acquis. Même si beaucoup d’adolescents non placés ont cette méthodologie, cette dernière est plus forte à l’ASE comme le démontre la comparaison de deux tableaux :

  • celui tiré d’une étude disponible sur dees.solidarites-sante.gouv.fr concernant les enfants et adolescents de l’ASE.
  • celui disponible sur education.gouv.fr concernant une rentrée des classes après la troisième, tous élèves confondus.

Seconde GT = Seconde Générale ou Technologique

Je n’ai gardé contact avec aucun des adolescents rencontrés en foyers ou lieu de vie, alors je ne sais pas ce qu’ils sont devenus. Une fois j’ai croisé un de ceux-ci en centre ville et en pleine journée, il était clairement drogué et peu sobre.

Je crois que les plus vifs continueront leurs études ou leur travail, quelques uns retourneront chez leurs parents malgré des horreurs passées (violences, viols). D’autres finiront certainement à la rue. J’ai souvent lu que 40% des personnes sans domicile fixe avaient été placés à l’Aide Sociale à l’Enfance, je n’ai rien trouvé le démontrant. Cette étude de l’INSEE, Influence des événements de jeunesse et héritage social au sein de la population des utilisateurs des services d’aide aux sans-domicile, ne le confirme pas même si elle démontre qu’un placement accroît la probabilité de vivre sous un pont (p.96). Rappelons qu’un placement fait suite à un événement personnel grave, le placement en lui-même justement tente d’éviter le pire pour la suite.

Il y a des jeunes placés qui s’en sortent très bien, j’ai même vu un médecin sur Twitter qui disait avoir été en foyer. Mais je crois que pour la plupart, la majorité intervient comme un couperet même si les juges et les éducateurs les préparent. Le passé de ces adolescents est souvent le coupable de leur future miséricorde, et parfois l’ASE n’aura pas été assez forte.

Le rôle de l’ASE est défini sur Legifrance. Je pense au tuteur d’un arbre, le tuteur n’a pas vocation à s’assurer que les fruits soient bons, sucrés ou juteux. Le tuteur est présent pour supporter et diriger le jeune arbre dans sa pousse. Pardonnez-moi si je me trompe, je n’ai pas la main verte, mais je pense trouver ici une assez bonne analogie avec l’ASE.

Un placement est toujours une épreuve, mais il n’est pas responsable de tous les maux qu’on lui veut. Des choses peuvent être améliorées, je tente humblement d’en énumérer, mais le fait est que mon parcours de vie m’a tiré vers le douloureux et le difficile, mon placement n’a pas été facile mais sans lui vous ne seriez peut être pas en train de me lire.

3. Mon placement à l’ASE, son contexte

Avant toute chose pardonnez mes approximations, j’ai oublié beaucoup de choses à souhaiter ne rien mémoriser.

Vers 14 ans je n’étais pas accepté au collège, j’avais très peu d’amis, à la maison je ne me sentais pas aimé et j’avais la conviction que ma petite demie-soeur avait tout l’amour de ma mère. Taquiné et embêté à l’école, délaissé à la maison, je criais contre les ordres de ma mère. Je dormais très mal, et j’ai plusieurs fois feinté de vouloir me suicider juste pour rester quelques jours au service pédiatrique des urgences tant les infirmières étaient douces et agréables. Je ne souffrais pas de telles idées noires, même si je n’allais pas bien, et ces mensonges me coûteront cher plus tard.

Ma mère a demandé conseil auprès de l’ASE, que nous avons souvent rencontré ainsi que des psychologues pour mon faux état de dépression et surtout notre relation compliquée. Jusqu’au soir où, agacé, j’ai poussé ma mère lorsque nous nous sommes disputés. Elle a eu un bleu, malgré que je ne l’ai pas frappée. Le lendemain matin, un éducateur m’a réveillé dans ma chambre pour me dire de faire mes bagages. De façon neutre et insouciante, je n’ai senti aucune pénibilité à partir. Bagage en main, direction un foyer d’urgence.

4. Foyer d’urgence

Arrivé au foyer d’urgence, on me présente une chambre personnelle. Un foyer d’urgence est censé être une passerelle, le temps que l’équipe éducative trouve un placement adapté à la personnalité du jeune. On y reste quelques mois. Pour ma part il s’agissait d’une sorte de grande maison en métropole. Plusieurs étages, plusieurs chambres. Un jardin, une console de jeux vidéo, une table de ping pong. Des combats de coqs avec, à la place des coqs, les plus faibles du foyer. Des escapades nocturnes, de l’alcool et de la drogue. Des œufs pour la cuisine et, aussi, décorer les chambre des moins forts. Des vols et, bon, vous comprenez un peu l’ambiance.

Cependant je n’ai pas le souvenir d’avoir été trop chahuté, clairement je me positionnais en bas de l’échelle sociale mais il y avait pire. Même les plus rebelles ont une éthique et des sentiments, c’était amusant de m’embêter mais je me ne laissais pas faire tout en peinant à me défendre efficacement, j’ai alors reçu plus de coups moraux que de coups physiques.

5. Foyer

On ne me trouve pas de foyer adapté, mais j’ai largement passé le délai admis en foyer d’urgence à priori. Je suis donc placé dans ce qu’on me dit être le pire foyer de la région. Un château plus éloigné de la métropole mais jamais trop loin. Socialement je me retrouve dans la même situation.

J’ai une anecdote concernant ce foyer, des jeunes avaient utilisé du polystyrène pour l’effriter dans une chambre jusqu’aux tiroirs, sous-vêtements et moindres recoins. Le Directeur de cet établissement était dans la cuisine quand je l’ai croisé. Il me demande alors d’aller nettoyer la chambre martyrisée, ce que je refuse en expliquant que je n’y suis pour rien. Le Directeur, d’emblée, me crie de me calmer en s’approchant. Je ne comprends pas. Il me somme de lever les mains, j’obéis toujours décontenancé. Il vient en m’attrapant un doigt et réussis à me mettre à terre en me faisant une prise de karaté-pour-faible-connard. Désolé, je peine à être raisonné avec ce garçon. Je me souviens être allé dans un escalier me réfugier, un jeune m’a trouvé, m’a demandé ce qui s’était passé, et m’a expliqué que j’avais le doigt cassé. Je n’y croyais pas, mais un éducateur m’a amené faire des radios et mon doigt était fêlé. J’ai toujours retiré les atèles et les plâtres qu’on me contraignait à utiliser, je ne sais pas trop pourquoi aujourd’hui, c’était sûrement une manière pour moi d’envoyer bouler l’autorité. Une manière brillante puisqu’aujourd’hui encore ce doigt se plie mal et vire vers la droite.

Bien sûr, quand j’ai expliqué la mésaventure à des éducateurs, ils m’ont simplement dit que je mentais et ce n’est jamais allé plus loin.

Sinon, dans ces chahutages constants, ces dangers de tout instant, cette scolarité coupée d’hospitalisations (toujours la même technique jusqu’à ce qu’on commence à me refuser), et bien le foyer avait un budget pour nous divertir, nous sortir. Sur 12 mois d’anarchie h24, 7/7, vous ne pouvez pas espérer relever des jeunes de leur enfer sans leur proposer des échappatoires, des bulles d’air. Même si, vous devinez, un foyer qui part en escalade, c’est toujours un foyer alors bon.

6. Plusieurs foyers

J’ai été baladé de foyers en foyers, j’ai trop peu de mémoire pour l’expliquer. Je me souviens seulement de quelques chambres, de moqueries dans des maisons différentes, de sessions MSN à plusieurs pour soutenir un gars en train de draguer une fille en ligne.

7. Lieu de vie

Mon dernier placement se fera en lieu de vie. Une sorte de maison plus familiale. Un couple se propose d’héberger jusqu’à 7 jeunes, contre rémunération.

J’étais dans une maison, avec 4 à 6 jeunes, et un couple lesbien s’occupait de nous. Du coup, j’aurais découvert assez tôt les bars gays, leur bonne ambiance et leurs avances. J’aurais découvert qu’on peut rouler sous l’influence de l’alcool, et dépasser largement les limitations de vitesse la nuit sur départementale ou route de campagne. Et ce même si un ado, assis à l’arrière, crie, effrayé, qu’il veut qu’on freine. Ho puis après l’ambiance normale de foyer revient quand même. Des jeunes cassés, à 5 ou à 15, on limite la casse mais ce n’est pas miraculeux.

On m’a forcé à prendre des anti-dépresseurs alors que j’expliquais les raisons de mes mensonges. Une éducatrice me considèrera fou sans le cacher à qui que ce soit, mais parce que je présentais des facilités avec les ordinateurs elle me demandera d’installer un logiciel pour espionner sa copine qui semble la tromper. En même temps, quoi, 30 ans de différence ? Sucer des gants de toilette, ça lasse…

Elles fument énormément. Une éducatrice me dira que ma mère est une pute. Je la contredis mais elle insiste pour tenter de me mettre à bout, pour voir jusqu’où j’irais. Pour aller en vacances elle fera appel à des éducateurs. Un était merveilleux, sportif, paternel, bienveillant mais droit, génial. Un autre aussi était très chouette. Puis elles reviennent de vacances. Elles se sépareront, il faut sécher les larmes de la vieille peau et… Enfin, voilà, juste pour vous dire que c’est des ambiances particulières qu’on vit.

8. La préparation de mes 18 ans

Moi je n’en peut plus de ce lieu de vie, il faut que j’en parte. A mes 17 ans et demie je demande au juge qui s’occupe de mon dossier de m’autoriser à aller en colocation avec un ami de lycée, quelle joie quand j’apprends que c’est accepté !

C’est un au revoir sans sentiments et sans regrets qui m’amène, enfin, à changer de vie.

Par contre, c’est un vrai au revoir. Aucun suivi, je dois juste envoyer les factures de mes dépenses très légères. Ma colocation se passe mal mais bon, je vis avec un sociopathe, je n’ai plus les mêmes histoires.

9. Je suis majeur

J’ai 18 ans, je suis lâché. Plus de budget, plus de contact. Je n’ai pas le bac, pas de travail, et pas d’argent.

L’équation est simple : la rue, direct. Heureusement, un ami se propose de m’héberger gratuitement. Il va même jusqu’à me nourrir mais je n’ose pas me servir dans ses placards. Je compte mes centimes, jusqu’à pouvoir acheter soit une baguette, soit des fraises Tagada parce qu’il y en a beaucoup pour pas cher et ça change. Quelque fois cet ami s’est lassé de moi, étant mon seul ami alors, la voilà la vraie solitude. Que je rencontrerais à nouveau. Sans ami, sans famille, sans soutien. Je trouve un travail de télé-enquêteur qui ne réussit pas. Mon ami a des soucis financiers et doit déménager, je cherche sur Internet une colocation avec un inconnu. J’ai peu d’économies, mais je suis convaincu de trouver du travail parce que j’ai la niac.

Je trouve une colocation, pas de travail. J’arrive à la fin de mes économies. Je sens que c’est la fin, même si je crois toujours que ça va s’arranger. Je me dis, avec mes minces économies, que je peux sacrifier un mois de loyer pour aller à un festival rejoindre des amis faits en ligne. De toutes façons je serais un jour ou l’autre à la rue, alors je vais à Paris rejoindre mes amis. Je suis pour la première fois depuis de nombreuses années : heureux. Ce sentiment est presque nouveau pour moi, et je le retiens. A mon retour, retrouver un tel sentiment est mon seul objectif.

La banque me refuse un micro-crédit, j’annonce à mon colocataire que je vais partir sans lui donner la raison de cette surprise. Tout ce que j’ai je le mets dans un sac, et je vais chercher un hôtel pas cher parce qu’aucune chambre, foyer ou appartement social ne m’est disponible. Je me dis que tous les jours je sors très tôt et rentre très tard, il n’y a pas de raison que ça ne s’arrange pas, et je pourrais rembourser alors la dette que je me ferais à l’hôtel.

Un mois d’hôtel et de recherche de travail quotidienne, 1 000€, rien. Je ne peux plus payer, je ne veux pas voler. Je prends mon sac, je vais acheter un polaire, et je sors de l’hôtel. J’ai un gros sac sur le dos, et plus tard dans ma marche je me rendrais compte que sur toute la Terre je n’ai plus nul part où aller. Plus rien ne m’appartient, il n’y a plus trace de moi.

Je n’ai plus qu’un crainte, qu’on me vole mon sac. Il est devenu tout pour moi. Je me renseigne pour trouver les douches publiques, je suis autorisé à y aller gratuitement deux fois par semaine. On me propose aussi de laver mon linge gratuitement. C’est exceptionnel, et très important dans une situation si mauvaise.

Je dors près des Urgences, par nostalgie c’est l’endroit le plus rassurant de la ville pour moi. Je ne sais plus combien de nuits j’ai dormi dehors, je crois seulement quelques unes. Parce que vite j’ai fait une crise d’angoisse, et je ne savais pas ce que c’était avant d’en faire une. Le cœur qui bat très vite, très fort. Les idées irréalistes, j’entends des sirènes je crois que c’est des policiers qui viennent pour me tuer. Je réussis à me lever avec mon sac et filer aux urgences, on me rassure et on me propose de me reposer à l’accueil quelques instants, mais pas trop.

Un ami m’appelle innocemment puis me demande comment je vais. Je vais bien. Puis il me demande ce que je deviens. Ha, là, difficile de contourner la réalité. Choqué, il me dit qu’il me rappelle dans un instant. Il me rappellera pour me proposer l’hébergement de la famille d’un ami commun, près de la ville. J’accepte, malgré moi. Je ne les connais pas du tout. Long story short, je vis l’amour d’une famille et c’est assez dingue, je trouve un CDI dans un McDo et maintenant que ça s’arrange je me permets d’aller voir un chirurgien pour un kyste que je traîne depuis plusieurs mois.

Je me fais opérer, anesthésie générale, c’était plus important que prévu. Je retourne au travail, j’ai une hémorragie, je retourne à l’hôpital et je serais en arrêt maladie trois semaines. Au moindre mouvement je souffre, j’ai malheureusement tâché de sang le matelas du lit qu’on m’offrait. La famille ne cache plus leur agacement. Cependant la maman se portera caution pour que j’ai un prêt de 2 000€. J’ai trouvé un studio, sans cautionnaire, un truc minuscule mais, enfin, ça s’arrange.

Un CDI, un studio, je peux m’investir dans une association culturelle, je me fais des amis : tout s’arrange.

Mon aventure a continué, bien sûr, mais concernant l’ASE voilà ce qu’il y avait à savoir.

10. Ce que l’ASE pouvait améliorer, pour ma situation

Suivi après la majorité, lien Mission locale – ASE ou possibilité de prendre rendez-vous par le jeune avec ASE plutôt que Mission locale : il n’y a eu aucun suivi dès mes 18 ans, j’ai été mis en danger alors que je suis tenace et, je crois, sage. Je ne bois pas, je ne fume pas, je n’abandonne pas et je ne compte pas mes efforts. Mais je suis quand même arrivé à la rue. La Mission locale ne dispose pas des mêmes compétences et possibilités que l’ASE.

Contact avec un référent extérieur au lieu de vie / foyer :  le couple qui s’occupait de nous s’offrait de la très bonne nourriture et nous lassait des produits bons marchés. La situation psychologique du couple était instable. Ma mésaventure du doigt fêlé a été tue au silence par l’équipe éducative, imaginons pire…

Suivi des éducateurs : des éducateurs abusent de leur position dominante, certains sont à des postes élevés. Il y a de la violence. J’ai croisé quelques éducateurs bienveillants et simplement très bons pour éduquer. Mais leur présence ne suffit pas à réparer les erreurs des autres.

11. L’ASE à refaire ?

Bien sûr que vivre en foyer est compliqué. J’ai rencontré des jeunes qui y étaient depuis leur jeune enfance et qui n’ont connu que ça.

Comme je l’expliquais au début, l’ASE n’est pas directement responsable du mauvais sort des enfants devenus majeurs. Les éducateurs, en foyer, sont professionnels. Les conseils pédagogiques, bons ou non, tendent à aboutir à du concret pour la majorité. En France, se reconvertir est accessible sans trop de complications.

La Mission locale est un organisme présent pour aider les jeunes majeurs, ils peuvent parfois débloquer un financement, ils connaissent les organismes compétents en terme de logement, de santé.

L’ASE, telle que je la perçois moi, de ma région, est compétente. Par contre, quelques améliorations sont nécessaires. Ce sont des vies dont on parle, le prochain Thomas Pesquet dort peut être ce soir dans un foyer, et peut être que demain son éducateur va lui casser un doigt en lui disant de faire un CAP Coiffure alors qu’il veut apprendre le russe et étudier les sciences appliquées.

Je crois qu’il faut écouter les jeunes placés aujourd’hui, je crois qu’il ne faut pas avoir peur de les conforter dans un gros projet qu’ils peuvent avoir malgré leurs errances passées. Je ne suis pas assez proche de ce milieu, ça fait trop longtemps que j’y étais, je ne peux qu’être approximatif.

12. Conclusion

C’est la première fois que je me dévoile autant, en ligne ou non, mais j’espère que ce sera utile à certains. Aux jeunes qui ne savent pas dans quel bateau ils sont. A ceux qui ne s’imposent pas et ne voient dans le futur que du mal. Aux adultes qui réfléchissent à cette situation épineuse du placement. Et aux curieux.

Je ne promets pas de laisser cet article indéfiniment disponible, mais j’espère que jusque là cette lecture vous aura apporté quelque chose.

Je ne peut que finir en citant Antoine de Saint-Exupéry :

“L’avenir n’est jamais que du présent à mettre en ordre. Tu n’as pas à le prévoir, mais à le permettre.”

Ce que Nolife m’a fait, l’au revoir

Je vais parler très personnellement d’une jolie aventure. Et de la fin de celle-ci.

C’était une très belle histoire, une de ces histoires qui ne se termine pas parce qu’elle a transformé des gens, parce qu’elle a changé des vies. Alors il n’y a pas de fin que je regrette, juste de nouvelles histoires que je leur souhaite.

Je contextualise : à 18 ans, en 2009, je ne suis plus pris en charge par l’Aide Sociale à l’Enfance. M’approchant dangereusement de la rue un ami m’héberge. Je n’ai pas put jusque là assouvir toutes mes envies d’animes, de jeux vidéo ou d’informatique. J’ai une vie instable, rien ne se passe très bien mais j’ai envie de réussir.

Chez cet ami donc, j’allume la télévision que je n’ai pourtant pas l’habitude de regarder. Dans la liste, loin, un nom se démarque de tous : Nolife. Forcé par ma curiosité, j’y accours pour trouver une chaîne « amateure » de passionnés Parisiens dans leur cave : cette chaîne a 2 ans.

Je ne veux pas ici retracer l’histoire de Nolife.

Mais leur sincérité me touche. Ils parlent des mots qui me parlent, ils rient de blagues qui m’amusent, et il le font à contre-courant. Parce que diffuser une chaîne de télévision semble contraindre et coûter cher, il est curieux de voir des amis le faire tout souriant à leur manière : unique, folle et sincère.

Je découvre alors des personnes qui, l’une après l’autre, me séduisent. Tous partagent le trait commun de la sincérité et de l’éthique. Certains rigoleront de pipi et de caca, d’autres d’absurde. Certains passeront des heures sur un projet, d’autres des heures sur un sujet.  Et à ma portée vient une montagne de connaissances, une quantité assommante d’anecdotes, et la porte ouverte sur une radieuse communauté de geeks.

Sur le forum du site je me serais fait des amis qui encore aujourd’hui, 8 ans plus tard, perdurent. Je me serais aussi fait des amis plus éphémères, pensée émue pour Fizz ou Wormz. J’aurais fait des rencontres peu agréables, mais il en faut pour une jolie histoire j’imagine. J’aurais rencontré tout ce beau monde aux festivals, aux concerts…

Et c’est pour ça que j’ai contextualisé au début de cet article. Jusqu’à Nolife, j’ai connu une solitude forte. Leur passion a rassemblé beaucoup de personnes, et je ne dois pas être le seul pour qui cela aura été un tournant mémorable.

En même temps que la chaîne se battait pour survivre et grandir, je me battait pour les mêmes raisons.

Je n’ai pas put aider Nolife comme je l’aurais voulu, mais j’ai tenté tant bien que mal de leur rendre tout ce pour quoi ils étaient à l’origine dans ma vie par des remerciements ou des dons.

Et Nolife a merveilleusement bien grandi, c’était très beau à voir et à vivre.

De mon côté Nolife m’a beaucoup inspiré. Davy par exemple, et ça c’est pas le plus beau, est à l’origine de mes essais en BD à mes 18 ans… Mais j’aurais appris du charisme de certains, de la confiance d’autres et j’en passe.

Je suis tombé à la rue, puis j’ai eu une vie plus stable, puis j’ai réussi à partir au Japon, ainsi de suite. J’ai eu quelques amis, mais beaucoup de solitude.

Nolife m’a aidé en ce sens qu’il m’a montré par ses faits que persévérer amène le mérite, créé le succès.

J’ai rêvé grand, devenir pilote de ligne, mais ce sont mes yeux qui m’ont cloué au sol. Tout le reste, je me donnais les moyens comme le staff de Nolife me l’inspirait.

Aujourd’hui j’ai une chérie, qui a tout changé à sa manière. J’ai un joli appartement à la place de studios miteux. J’ai un chat adorable et un projet professionnel plaisant et bien en marche. Et lorsque j’approche du but, là, Nolife est contraint de poser genou à terre : cette chaîne approche alors des 11 ans.

Et… ça fait quelque chose.

Il n’y a plus grand chose à dire, parce que cet article dit tout ce qui doit venir de moi. Une estime et une amitié qui va de soi, le rêve de les revoir plus tard.

C’était une très belle histoire, une de ces histoires qui ne se termine pas parce qu’elle a transformé des gens, parce qu’elle a changé des vies. Alors il n’y a pas de fin que je regrette, juste de nouvelles histoires que je leur souhaite.

Au revoir

Là vient de se terminer la soirée de clôture pour la chaîne. J’édite cet article donc, pour éponger mes émotions et les marquer dans le temps.

Ce soir beaucoup auront échangé leurs souvenirs et leurs amitiés les plus sincères. Sûrement, de l’extérieur, tout ça doit paraître maladroit ou tout du moins étrange.

Il y a des acharnés du travail, des gens emplis de bienveillance et de bonne idées. Bref, il y a des gens bien qui sont tristes ce soir. Et tous ceux qui vouaient pour eux respect ou amour, ce soir, se recueillent.

 

Le Fongécif me finance une formation Openclassrooms

J’ai reçu une très bonne nouvelle, le Fongécif Nouvelle-Aquitaine a accepté de financer ma formation de développeur d’application avec Openclassrooms et le GRETA Bordelais !

Bifurcation

Je viens de loin, ho oui, de loin…
Depuis gamin j’adorais les Internets et coder, j’apprenais petit à petit sur le site du zéro l’HTML, le CSS. Rien de grandiose parce que je n’avais pas de PC et que, étant en foyer, mes journées étaient bien occupées même quand je rentrais « chez moi ».

Un bouquin va bientôt sortir, un gars qui était en foyer explique comment à leurs 18 ans les gamins sont jetés dans la fosse aux lions et qu’ainsi beaucoup finissent à la rue.

J’y suis passé, puis j’en suis sorti in extremis grâce à la générosité d’une famille et d’un homme formidables.

J’ai passé beaucoup d’années à trouver une vie stable pour réaliser mon rêve : voler.
Je me disais que, d’où je venais, viser un tel horizon était carrément cool. Et ça l’était, en fait. Mais en fait c’est mort, une inaptitude médicale de merde qui n’avait pas été remarquée avant et bim, le 25 août 2017 3 ans de vols arrêtés net.

Du coup je vois rien d’autre que retourner à mes premiers rêves, mes premiers kiffs, là où je me sens à l’aise et où je sens pouvoir apporter un truc. Alors je vais coder, programmer, taper du dev et pisser du code s’il le faut pour me démarquer autrement.

Niveau thunes je suis à la ramasse, du coup, 13 000€ de dettes.
Et là on m’offre un an de formation avec un an de paie, on m’offre de garder mon CDI et de me reconvertir dans le dev avec un diplôme équivalent à un Bac +3 moi qui n’est ni passé le Bac, ni même le brevet des collèges !

J’ai toujours le regard collé sur l’aérien, j’y apporterais mon quelque chose, je sais pas encore comment. Et je le ferais bien, à force de bits et de courage !

L’aéroport de Bordeaux Mérignac en A321

Dernier chapitre, fin.

Depuis octobre dernier j’attends avant de reprendre mes vols. J’approche la fin de ma licence, je suis impatient à l’idée de partager mon amour du vol avec mes amis, à l’idée de faire découvrir cette passion à d’autres.
Mon objectif principal c’est pilote de ligne, alors pour ça, il faut que je sois apte.

  • Déjà acquise, la classe 2 me permet de voler pour le plaisir, sans salaire.
  • Ce qui me manque c’est la classe 1 qui me permettra de voler pour vivre, payé.

Alors direction l’hôpital Robert Picqué, avec beaucoup d’appréhension parce que je ne suis pas convaincu d’avoir ma classe 1. Mais au pire des cas, je volerais pour le plaisir seulement, ce qui n’est pas si mal.

Désenchantement

Mes yeux me lâchent, alors que beaucoup aiment me dire qu’ils les charment.

Les couleurs, je les dissocie mal. Le relief, je ne le vois pas ou sinon je le vois d’une manière non agréé par la Direction Générale de l’Aviation Civile. Je dissocie les images de mes deux yeux, c’est-à-dire que je regarde principalement de mon œil gauche, de mon œil droit qu’en cas de besoin.

Avec un défaut j’aurais put demander une dérogation et voler.

Avec tous ces défauts je suis inapte.

Inapte pour la classe 1, et pour la classe 2.

Fin

Ma classe 2 m’a été donnée par un vieux gars peu consciencieux, j’en ferais part par courrier à la DGAC d’ailleurs.

Et j’apprends après 50 heures de vol, tout proche de la fin de ma licence et de mes efforts, tout près de pouvoir dire à mes amis qu’après 3 ans endurés à me sacrifier et à travailler j’ai réussi, que je ne suis pas apte à voler.

Mes 50 heures je les ai très bien effectuées. Je volais bien. J’atterrissais bien. Je n’ai pas vu de cercles colorés dans le ciel où je devais déchiffrer des nombres au risque de tuer mes passagers. Je n’ai jamais été embêté par le relief puisqu’à partir de 80m la vue de celui-ci devient inefficace. Oui mais les nuages ? On s’éloigne toujours de 1,5km de ceux-ci.

Je voulais devenir pilote pour voler, mais aussi pour améliorer la sécurité du ciel, je voulais en devenir un vrai acteur. Mais je suis dangereux, je ne comprends pas vraiment pourquoi ou comment je suis dangereux, mais je le suis.

Il n’y a pas une nuit où je ne me couche pas en m’imaginant dans un cockpit, simulant un vol ou une panne. Dans le tram ou dans le bus je m’imagine ces mêmes scénarios. Quand je regarde le ciel je m’y vois, ou j’y vois les autres, que je suis depuis une application de mon téléphone. Un grand nombre de mes bouquins parlent d’aviation.

Mon métier sera autre chose, ce n’est pas bien grave.

Mais jusqu’à ma mort je regretterais de ne pas pouvoir voler, parce que je suis dangereux et que personne n’attend de preuve du contraire.

C’est la fin d’un long chapitre de ma vie. Qui lui aussi finira incomplet. Mais il sera celui que je regrette amèrement, celui qui me rendra triste rien qu’à la vue du ciel ou d’avions.

Je me refuse le tunnel de pensées nauséabondes, j’ai ma Marion, j’ai mon appartement sympa avec elle, notre petit chat, ses petits plats. Je ne suis pas malheureux, je suis triste.

C’est un article sans grand sens, mais ce jour est un point tournant dans ma vie. Je n’imaginais pas le virage si serré, et je vais devoir faire avec. J’ai eu pas mal de messages de réconfort, il y a quelques années j’en aurais peut être eu un, tout au plus. Alors merci à vous, puis bon, on se fera un monde meilleur sur Terre plutôt qu’aux cieux.

Premier vol solo tant attendu

Enfin !

J’ai eu de nombreuses pauses, par manque de finances, mais le voici enfin ce fameux solo !

Ces derniers jours c’était compliqué, beaucoup d’ascendances, il ne me manquait que l’atterrissage pour être lâché mais je n’arrivais pas à rendre un résultat plaisant à cause de ces courants verticaux d’air chaud.

Aujourd’hui je pensais qu’on allait faire des tours de piste le matin pour parfaire mes touché et partir à Libourne l’après-midi.

Le matin on fait donc trois atterrissages que je réussis sans mal, et là mon instructeur m’annonce simplement « alors sois pas inquiet, tu auras 90kg de moins donc forcément tu monteras plus vite vers les 1200 pieds ». Une manière détournée de me dire de me débrouiller tout en kiffant autant que possible !

Je ne me sens pas à l’aise, cependant je sais que j’ai les compétences requises donc je me pousse un peu pour mettre de côté mes inquiétudes et avancer : j’accepte ce vol solo que j’attendais depuis bien longtemps.

Tout se passe très bien au décollage, et puis lorsque vient le premier virage, je vérifie l’antiabordage, si près de l’avion il y a d’autres avions avant de tourner, et quelle surprise de ne voir personne à ma droite !… C’est à partir de là que j’ai commencé à chantonner ce qu’indiquaient mes instruments, pour décompresser. 🙂

Tout se passe sans mal, cap, altitude, vario, vitesse, radio (« Yvrac de Fox Yankee deux fois en vent arrière pour un complet pour la 29 – et c’est génial –« ), les automatismes sont heureusement là.

Vient le dernier virage avant l’atterrissage, vais-je être trop haut ou trop bas ? Est-ce que ma vitesse va aller ? Et si je devais faire une remise de gaz ?

Et puis ça s’est bien profilé, d’ailleurs je trouvais mon arrondi plus joli que d’habitude.

Je remonte la piste, et mon instructeur m’indique que si je le souhaite je peux y retourner.
Hop on s’aligne et on repart pour un tour.

C’est très bizarre d’être seul, on ressens la responsabilité d’un CDB, je ne sais pas si ce sentiment s’estompe avec le temps en tous cas si quelque chose ne va pas, il y a plutôt intérêt à réagir vite parce que personne pour dire « commandes à droite » !

Ce second vol a vu réapparaître les ascendances thermiques déplaisantes à leur habitude, mais ça a été tout de même, et l’arrondi était très doux, je n’ai pas fait un kiss mais c’était tout de même bien réalisé.
Enfin, c’était sympa quoi. 😀

Bon, cet article est vite fait depuis l’aéroclub même, mais je voulais partager mon ressenti. 🙂

A bientôt et bons vols à ceux qui peuvent !

PPL : le théorique acquis

Ces derniers mois ne se sont pas déroulés là-haut pour moi, au delà de la lenteur de mes révisions, mes prospectives professionnelles étaient floues, et mon porte-monnaie accusait de trous d’où fuitaient quelque peu de mes espoirs par la même occasion.

Mais aujourd’hui que le navire a retrouvé sa stabilité sur une mer presque calme, je me suis fait violence et à mi-novembre je me suis inscrit pour une session d’examen du PPL théorique.

La structure d’une licence de pilote privé

Le PPL, pour Private Pilot Licence, se découpe en deux parties.

La première, le théorique, est un examen réalisé sur papier ou ordinateur, qui signe le niveau de connaissance nécessaire du pilote. Sous forme de QCM, il faut avoir 75%. Il m’a d’ailleurs paru surprenant que du côté des pilotes ULM, s’ils ont plus de 90% ils ont la possibilité tout de suite de se proposer instructeur. Cela me paraît léger, mais soit.

Et donc la seconde est la partie pratique. En vol avec un examinateur, on doit prouver savoir voler et gérer certaines situations.

Au delà de ça il y a quelques conditions, par exemple avoir 17 ans révolus et avoir volé au moins 45h, dont 25h en double commande et 10h en solo supervisé.

Mon inscription

Je me suis donc inscrit à l’examen théorique du 15 décembre 2015. Le 15 novembre j’avais une vision globale sur les connaissances nécessaires, mais seulement 10-15% du savoir requis.

Je l’ai appris plus tard, moi et les papiers ça se fait toujours dans cette chronologie, mais si pour s’inscrire rien d’autre n’est requis que de l’argent, pour avoir l’examen il ne suffit pas de le réussir, il faut aussi une lettre de recommandation du chef-pilote de l’aéroclub. J’ai donc mis le chef-pilote devant un fait accompli avec mon inscription déjà engagée, malgré moi.

Cependant il a sut me faire confiance, et c’était apparemment une bonne idée. Sinon d’ailleurs, j’aurais gracieusement offert 60€ à la DGAC qui ne sont pas les personnes les plus dans le besoin en ces périodes hivernales (hop, petit lien gratos).

Révisions

Les révisions étaient difficiles pour être honnête.

Tous les soirs, le matin si possible, dans le bus et le tramway si le mal des transports ne m’attrapait pas, tous les week-ends et à mes pauses je révisais. Je refusais des invitations à boire un verre, aller au ciné ou dîner entre amis. Je m’interdisais de lire mes livres, toucher à ma guitare, jouer à ma PS3, aller courir ou faire de l’aikido pour rattraper un retard qui ne donnait que l’impression de s’accumuler plus j’avançais.

Alors ce fut bref, seulement un mois de révisions. Ce fut pourtant éprouvant, apprendre à apprendre, c’était encore quelque chose à parfaire.

Je vous montre brièvement mon petit studio, dont les murs m’ont bien supporté :

Mon bureau, où j’ai passé beaucoup de temps. 😉

 

Sur le flanc de mon lit quelques lectures m’accompagnaient et m’accompagnent encore !

Donc ce fut un mois de révisions intense, avec des nuits blanches pour lesquelles ma reconnaissance va tout droit à Red Bull, Haribo et Monster Munch.

Mais surtout, sans deux sites Internet je n’aurais certainement pas réussi. Ceux-ci sont Aérogligli, et Chezgligli.

L’équipe de ces deux sites est très disponible, souvent ils répondaient à mes questions en quelques heures, parfois tard le soir. Qui plus est, ils se montrent d’une sympathie remarquable.

Chezgligli propose les QCM des questions précédemment posées aux examens, avec réponses et explications. Il y est possible de commenter afin de poser des questions ou apporter des remarques ou compléments d’information.

Aérogligli propose aussi des QCM, mais surtout il propose des cours imagés, pédagogiques, soigneusement rythmés et commentés avec parcimonie. Là aussi il est possible de commenter.

Je ne saurais que conseiller l’usage de ces deux sites à quiconque souhaite entreprendre un PPL.

Ainsi donc le mardi 15 décembre, après deux nuits blanches et une grippe contraignante, je me suis présenté à l’aéroport de Bordeaux Mérignac pour participer à l’examen.

L’aéroport de Bordeaux Mérignac en A321

L’examen théorique du PPL

Je donnerais plus de crédit à une prostituée de 60 ans disant qu’on peut coucher ensemble sans capotes qu’aux bus Bordelais m’informant qu’ils arriveront à l’heure. Dans cet état d’esprit, j’ai entrepris de partir deux heures en avance.

Installé dans un bar de l’aéroport avec mon jus d’orange pressé (merci à la ravissante Léa), je scrutais mon téléphone pour relire rapidement des QCM corrigés sur Chezgligli.

8h30, je patiente au bureau des examens de la DGAC (Direction Générale de l’Aviation Civile), quelques minutes plus tard on me communique des identifiants en m’invitant à me connecter sur l’un des ordinateurs de la salle.

Je dois avouer que le logiciel dédié à l’examen est très efficace, même si comme beaucoup des outils du service public, il n’est pas la plus belle du bal. Le temps accordé à chaque QCM est très grand par rapport au temps nécessaire, même après plusieurs relectures il me restait une heure de libre au premier, et plus d’une demie heure au second.

Le premier étant réalisé, je sors de la salle pour apprendre que j’ai réussi le test. On me confie un document détaillant ma victoire, et on m’invite à passer le second en me proposant une pause que je refuse, la fatigue commence à prendre le dessus et plus tôt ce sera fini, plus tôt je serais dans mon lit.

Le second se réalise tout aussi rapidement, quelques relectures, je sors et là, petit suspens :

Est-ce j’ai réussi le QCM Monsieur ?

Je vais voir… Hmm, je vérifie, je n’aime pas donner de mauvaises nouvelles…

Ha.

Hm. Alors, il fallait 36 bonnes réponses, et vous en avez eu… 36 !

Un peu de tristesse s’est emparée de mon coeur sur ces paroles, les révisions ne s’annonçaient donc pas terminées… Mais je l’ai eu, et l’on m’informe que c’est ce qui importe. Je partirais tout de même le sourire aux lèvres, heureux d’avoir terminé cette période laborieuse, ravi à l’idée de bientôt retourner voler, et enchanté de m’imaginer avoir le PPL dans quelques mois.

Petite anecdote, en quittant l’aéroport j’ai croisé un commandant de bord et son copilote. Je lui ai simplement serré la pince pour l’informer que je venais de réussir la partie théorique de mon PPL et que j’espérais le croiser un jour là-haut dans un avion, tout en lui souhaitant de bonnes fêtes. Un large sourire s’est dessiné sur son visage, et ce dernier a accompagné le mien.

Quoi qu’il en soit le PPL n’est pas terminé, même si j’ai passé une étape importante. Maintenant, il faut voler, et je suis ravi de retourner à mon aéroclub dès janvier.

Minji

La réussite de cet examen se lie naturellement à un sourire franc, mais je ne peux m’empêcher de l’associer à Minji.
Minji n’est pas une amie proche, mais je tiens beaucoup à elle. C’était une fille qui respirait la joie, à tel point que si l’on m’avait demandé laquelle de mes amies était la plus heureuse, j’aurais certainement cité son prénom. Elle était d’une grande générosité et d’une gentillesse inévitable. Mon amitié pour elle est très pure.

Quelques jours avant mon examen, le lundi 7 décembre, elle a mis fin à ses jours, d’une manière indescriptible sinon que surprenante.

Cela aura été un choc, mais surtout une perte importante, et mes pensées pour elle m’ont accompagnées durant ces révisions, et pendant l’examen.

Je lui dédierai mon premier vol après l’obtention de ma licence, au nom de notre amitié, et au nom de la promesse que je lui avait faite de l’emmener dans mon avion.

Ma première heure de vol

Depuis longtemps j’attendais de pouvoir voler, et après avoir finalisé mon inscription à un aérodrome de Bordeaux et après avoir réservé une heure de vol avec un instructeur, j’ai pris les commandes d’un chouette Cessna 152 !

Le vol

J’avais vu pas mal de vidéos, lu pas mal de choses et comme j’avais aussi pas mal joué à Flight Simulator, je pensais qu’il n’y allait pas y avoir tant de nouvelles informations.

Et bien en fait, la force du moteur (110 chevaux) est assez impressionnante au décollage, et une fois en haut, je ne savais plus du tout où j’étais.

Je voyais bien Bordeaux pendant un moment, et puis on a tourné. Et puis je savais plus du tout où j’étais, haha.

Même au retour, pour simplement voir la piste d’atterrissage, j’ai eu beaucoup de mal. En fait, je ne l’ai vue que lorsqu’on était vraiment en face, déjà en train d’atterrir.

Une autre chose m’a aussi surpris, une simple montée peut beaucoup influer sur le corps. En fin de compte, nous ne sommes que des projectiles, et lorsque l’avion monte (et donc ralentit horizontalement) et bien nous on continue d’avancer. Et la première fois, c’est difficile de simplement réfléchir à ce moment précis, et ça relativise vachement le nombre de G que se prennent certains pilotes de chasse dans les vidéos !

Aussi, l’action sur les gouvernes se fait manuellement avec le manche, ce n’est pas un mécanisme informatique et mécanique comme sur des Airbus ou des Boeing, mais c’est notre main ici qui pousse ou tire les gouvernes.

Et lorsque justement on pousse on tire, on ressent directement dans le manche la force du vent, qui peut varier, sur les gouvernes.

C’était vraiment surprenant comme premier vol, et j’avais un casque radio défectueux avec lequel je n’entendais pas mon instructeur, ce qui n’est pas génial pour un premier vol !

On a atterri, j’étais nul à me déplacer sur le sol parce que j’actionnais trop fort les freins, une dernière checklist et c’est fini !

En conclusion, c’était génial, mais mon vol entant que pilote était catastrophique, et je n’espérais pas ça !

J’étais même un peu triste, une fois en haut j’étais incapable de faire quoi que ce soit : mon corps était sensible aux changements d’assiette de l’avion et je ne savais pas du tout me repérer.

Je suis resté un peu à l’aérodrome pour bouquiner et visualiser le vol que je venais de faire pour préparer le prochain et noter ce que je ne voulais pas oublier.

Un gars que je ne connaissais pas m’a demandé si je voulais bien l’aider à tirer son avion pour le remplir d’essence, et il m’a remercié (comme si ce n’était pas son intention première, haha) en me proposant de monter voler avec lui ! Vu le prix de l’heure de vol, c’est vraiment généreux, haha !

Et c’était vraiment bien, parce qu’entant que passager c’était beaucoup plus simple d’appréhender l’environnement extérieur, le mettre en relation avec les instruments de bord et tout simplement apprécier le vol.

Surtout que le pilote était vraiment cool, on a fait trois touch-and-go (on atterrit pour décoller aussitôt) dont un en simulant une panne moteur, et on a fait un dernier atterrissage. Et c’était vraiment très très bien, ça m’a beaucoup aidé et j’ai beaucoup apprécié le vol !

Cette expérience m’a beaucoup aidée car dès ma seconde heure de vol, mon pilotage s’en est vu grandement amélioré !

Donc je recommande vivement aux pilotes-élèves de se familiariser avec les autres pilotes de l’aérodrome !

Et voici comment s’est terminé ma première journée dans les cieux, c’était nouveau, parfois un peu difficile mais très agréable. Toutes les semaines je n’ai qu’une envie, monter dans un avion, et à la place du commandant de bord !