Inapte classe 1 et 2, premier vol ULM

En août 2017, sur la fin de mon PPL (licence de pilote), j’ai essayé d’obtenir une classe médicale 1 qui m’a été refusée, me rendant aussi inapte classe 2 et ainsi au vol commercial ou de loisirs. Si vous voulez en savoir davantage à ce sujet, je vous recommande cet article.

Aux commandes d’un simulateur d’A320 à Aviasim Bordeaux

Avoir une inaptitude, est-ce être inapte ?

Le vol en ULM (Ultra Léger Motorisé) ne requiert aucune aptitude médicale, si ce n’est l’attestation d’aucune contre-indication. Alors forcément, moi dont le moral a été terrassé par les inaptitudes, j’y ai beaucoup réfléchi.

Pendant des mois je me suis refusé au vol ULM. Imaginons un vol avec un passager, au cours duquel une panne intervient. Imaginons que je sauve la mise avec brio. Assumerai-je d’avoir mis en danger mon passager, les citoyens au sol, me sachant dit inapte au vol ? Et encore, j’imagine une situation où il n’y a aucun blessé.

Avant d’être inapte, chacune de mes minutes d’esprit libre s’engouffrait dans des scénarios de pannes en vol ou d’atterrissages plus ou moins complexes. J’avais la prétention de vouloir devenir un pilote, mais un bon, qui apporterai quelque chose à la sécurité aérienne. Alors, ma situation physique est-elle compatible avec une sécurité optimale à bord d’un avion ?

La conclusion, désagréable, était que je devais rester au sol. Je crois qu’un bon pilote a conscience que chaque vol peut devenir catastrophique. Voilà aucun pessimisme, il s’agit d’être à l’affut, comme lorsque vous posez le pied sur le frein incertain de ce que fait cette voiture sur le rond-point. Vous n’êtes pas pessimiste, vous êtes prêt. Et beaucoup de choses en dépendent ensuite.

Alors voilà, des mois à fuir les vidéos d’avions, à tenter d’ignorer le ciel du regard, à cacher mes bouquins parlant d’aéronautique.

L’aéroport de Bordeaux Mérignac en A321

Et puis, quelques pilotes m’ont conseillé l’ULM tout de même. Malgré mon corps, saurais-je apporter assez de sécurité dans mon ULM ? Saurais-je devenir excellent ?

L’idée, nue, éclaircit tout

Je pense simplement voler à nouveau, et j’éprouve beaucoup moins de mal à ne pas pouvoir être pilote de ligne ou pilote PPL (Private Pilot Licence). Il reste une douleur, qui restera là jusqu’à la fin. Mais, je peux lever la tête sans regretter. Je ne vois plus le ciel comme un amour qui m’aurait jeté et ignoré depuis. On va finalement rester amis.

Alors je me sui renseigné, voir ce qu’il se fait dans la région où j’habite maintenant : Arcachon.

Parce que les ULM, je reste avec ce préjugé que la sécurité est très faible. Quand je vois qu’il n’y a pas de contrôle de maintenance, que les propriétaires seuls en sont responsables, et en pensant que plus léger veut dire plus fragile, bon…

Mais ce matin j’ai rencontré un pilote et instructeur ULM tout près de chez moi, on est allé voir son Sky Ranger, et là merde, c’est une caisse à savon, je me crois aux débuts de l’aviation ! Et à vrai dire, ce dernier point me charme, parce que ça me rapproche davantage de la science du vol. Peut être comme quand on monte dans une vieille vieille voiture et que les commandes disent tout de la mécanique qu’il y a derrière. La modernité cache la mécanique : physiquement par des cloisons, mais aussi au travers des sensations avec différentes aides et sécurités.

Image prise du site http://site.bestoffaircraft.com/language/fr/

La structure est simple. Je serais d’ailleurs épaté plus tard d’une histoire de centre de gravité, mais j’en dis pas plus, no spoil !

Bref, voilà à quoi la bête ressemble avec la toile et quelques bidules :

Image prise du site vzletim.aero

Le cockpit, lui, calme pas mal quand on est habitué à du Cessna et qu’on vise des Airbus… Le nécessaire, que le nécessaire !

Bon, serein pour voler ? Non. 🙂

Premier vol

On s’installe à bord, on s’attache, on prépare le parachute de secours et on démarre. Je ne serais pas très technique, mais les commandes sont peu sensibles, il y a un temps d’adaptation. Aligné sur la piste, les souvenirs reviennent… Je suis assez heureux, même si je m’accroche à ce que je peux. Plein gaz, décollage, pallier d’accélération, et là une montée (Vz) épatante ! Bon, déjà je suis calmé, et même si je ne suis pas encore serein je dois dire que je suis très heureux d’être là, enfin.

On survole une forêt (ce qui ne me rassure pas), et on arrive sur la dune du Pyla après de bonnes ascendances surprises (on est parfois cloué au siège quand l’avion monte vite de lui-même du fait du vent qui le pousse vers le haut). On chahute un nuage, j’apprécie pas mal. Et le paysage est magnifique, simplement. Je prends en main l’avion depuis la forêt et si les commandes sont complexes, le plaisir est présent.

J’ai été très surpris quant au centre de gravité, comme j’en parlais plus tôt. L’instructeur m’a montré que simplement en se penchant en avant, l’avion piquait du nez, qu’en se penchant en arrière, le nez montait. Même en se penchant du côté gauche, l’avion le suivait. Bon, si un jour je perds les commandes ça va suer dans la cabine, mais sans ça, ouais, on vole sur un bouchon de liège. On est au contact direct de l’ULM, du vent, de la portance. Non, c’est très chouette.

Retour sur la dune du Pyla pour survoler la forêt et chercher la piste

Nous atterrissons après 25 minutes de vol. Et je sais que je volerais à nouveau.

Piloter inapte, alors ?

Le seul défaut qui me pénalise vraiment est la vue du relief. Comme je l’ai expliqué, elle n’est pas souvent utilisée, mais tout de même.

Je crois que je suis en mesure d’assurer une sécurité optimale à mon ULM malgré cette tare. Je volerais quelques fois, peu parce qu’à 90€ l’heure vous comptez les minutes. J’emporterais ma chérie, peut être des amis qui seront briefé sur ma situation physique ainsi que sur les mesures que l’ULM et moi mettons en place pour assurer un atterrissage dans les meilleurs conditions. Les décollages sont optionnels mais les atterrissages sont obligatoires.

Je ne pourrais pas emporter des amis d’amis, proposer à n’importe qui de m’accompagner.

Même si, intimement, je crois être en mesure de voler en sécurité : c’est une conviction. Je dois rester humble et attentif à cela. Je ne volerais jamais comme je l’espérais. Mais je pourrais voler, j’en aurais la capacité, et je m’appliquerais à être d’une rigueur et d’une attention professionnelle. Je devrais être exemplaire, je me refuserai les commandes sinon.

Je piloterai. Inapte aux longs trajets, à l’emport de 3 passagers et plus, au vol de nuit et j’en passe. Mais je serais apte, sans équivoque, à piloter un ULM dans la plus grande attention et le plus grand professionnalisme. Et bah ça, c’est chouette. 🙂

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